ATTENT  FS 

DES 

LA COMPAGNIE 

Mise en scène : Guillaume Clayssen 

Scénographe : Delphine Brouard  

Créateur lumière : Eric Heinrich 

 

 

 

Avec :  

 

Flore Lefebvre des Noëttes, Anne Le Guernec, Aurélia Arto  

 

 

Durée : 1h30 

 

Saison 2010-2011 

Producteur : La Comédie de l’Est (Colmar) 

Diffusion : La Comédie de l’Est et L’étoile du nord (Paris) 

Crédit photo : Eric Heinrich 

Interview de Guillaume Clayssen, par la Comédie de l'Est lors de la création 

 

Pourquoi monter un texte classique, après s'être tant penché sur les auteurs contemporains ? ou pourquoi cette envie de classicisme ? 

 

Mon parcours de metteur en scène m’a amené jusqu’à maintenant à travailler non pas sur des pièces de théâtre mais sur des montages de textes en me posant toujours la même question : comment montrer sur scène le théâtre caché ou méconnu du monde ? 

 
En mettant en scène Genet, je ne fais que reprendre cette interrogation, sauf que cette fois-ci je pars de cette pièce de théâtre fascinante et incroyable : « Les Bonnes ». Cette œuvre est effectivement devenue un classique, c’est-à-dire une œuvre qui par son écriture, sa structure, sa force théâtrale, est absolument indémodable. 

 
Ce qui m’intéresse particulièrement dans « Les Bonnes », est qu’il s’agit, si j’ose dire, d’un « jeune classique ». Montée en 1947 par Louis Jouvet, cette pièce a été jouée depuis dans le monde entier et un nombre incalculable de fois. Or, plus qu’une autre œuvre théâtrale, « Les Bonnes » pose un vrai paradoxe et révèle une tension dramaturgique étonnante : sa structure est classique – on peut notamment diviser la pièce en cinq actes – mais son mouvement et sa progression internes sont totalement baroques. 

 

Tout le paradoxe qu’incarne Genet est donc présent dans cette pièce : styliste hors pair, admirateur profond des grands poètes du passé, il écrit un français d’une pureté absolue, mais intègre à l’intérieur de ce français classique toute sa révolte et la haine si forte qu’il vouait à cette société française dont il s’est senti abandonné et rejeté. « Les deux seules choses qui font que j’appartiens à la nation française, écrit Genet, sont la langue et la nourriture. »  

 

Quel est le traitement d'aujourd'hui pour une écriture d'hier ? 

 

 

Après la première relecture que j’en ai faite, « Les Bonnes » m’est apparue comme une mise en abîme très particulière du théâtre. La « cérémonie » qu’officient tous les soirs les deux domestiques, n’est pas ouverte au public. Le monde extérieur, comme le voisinage, est totalement incompatible avec ce petit théâtre insolite et intime. 

 

 

En prenant conscience de cette dimension privée du jeu qu’incarnent les deux sœurs, j’ai rapidement fait l’analogie avec l’art brut, cet art pratiqué par les « fous » ou les « marginaux » qui n’ont aucune conscience de faire de l’art au sens culturel et institutionnel du terme, mais qui, en revanche, éprouvent un besoin extrême à s’exprimer par le dessin, la peinture ou la sculpture. Ce pont jeté entre la cérémonie des bonnes et la pratique artistique des « fous » ou des « marginaux », m’a obligé à réfléchir à ce que serait un « théâtre brut », un théâtre qui ne serait pas véritablement un spectacle, un théâtre qui échapperait un peu à l’idée d’une représentation pour un public qui la juge. 

 

 

« Les Bonnes », dans son traitement, me pose donc cette question paradoxale et énigmatique : comment représenter devant un public une pièce qui devrait se jouer sans public ? Comment disposer le spectateur pour qu’il ait l’impression que les actrices ne semblent pas jouer pour lui mais au contraire grâce à son absence (fictive) ? C’est par le jeu des comédiennes et le dispositif scénique que je souhaite créer cette atmosphère singulière de monstruosité intime. 

 

 

 

Quels sont les enjeux humains, les enjeux de société contemporaine ? 

 

« Les Bonnes » est la seule pièce de Genet qui ne comporte que des personnages féminins. Cette pièce, écrite en 1948, constitue pour moi une vision iconoclaste et très contemporaine de la femme. 

 

 

Si l’on relit attentivement la pièce, on s’aperçoit que la féminité qui y est exprimée est un jeu permanent, une mise en scène et que, loin de tous les clichés machistes et essentialistes, les femmes dans cette pièce, aussi monstrueuses et effrayantes soient-elles, font totalement éclater le cadre identitaire étroit dans lequel une certaine vision masculine voudrait les enfermer. 

 

 

Genet qui n’a jamais connu sa mère mais qui l’a toujours rêvée et dont l’homosexualité a été pour lui une « bénédiction », a peut-être eu à son époque une vision beaucoup plus libre et imaginative de la femme que beaucoup de ses contemporains : 

« Même s’il y avait une crise de la virilité, je n’en serais pas tellement désolé. La virilité est toujours un jeu…En reniant la comédie habituelle, la carapace se brise et l’homme peut faire apparaître une délicatesse qui sans cela ne trouverait pas le jour. Il est possible que l’émancipation de la femme moderne oblige l’homme à refuser des attitudes anciennes pour découvrir une attitude plus en rapport à une femme moins soumise. » 

 

 

Les actrices, qui ont toujours suscitées dans la société bourgeoise fascination et mépris, ont cette même force et cette même liberté qu’on retrouve dans les personnages des « Bonnes ». Il est passionnant pour moi de travailler sur cette question du féminin et d’un certain féminisme de la pièce. J’ai hâte de discuter avec les comédiennes à ce sujet et de relire ensemble « Les Bonnes » à travers ce prisme.  

LES BONNES 

De Jean Genet 

Création à la Comédie de l'Est (Colmar) 

Durée: 1h30